Marcher (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle. Issu du francique *markôn, « imprimer un pas ».

I. En parlant d'une personne.
1. S'avancer, se déplacer par le mouvement alterné des membres inférieurs. Marcher en avant, à reculons. Marcher à petits pas, à grands pas, à pas comptés. Marcher sur la pointe des pieds. Cet enfant ne marche pas encore. Marcher avec une canne, avec des béquilles. Par ext. Marcher sur les mains. Marcher à quatre pattes, en prenant appui sur les mains, et sur les pieds ou les genoux. En parlant d'un animal. Son cheval marchait au pas, au trot. Expr. Marcher à pas de loup, sans bruit et précautionneusement. Marcher à pas de tortue, comme une tortue, avec une excessive lenteur. Marcher à pas de géant, voir . Fig. Marcher entre des précipices, rencontrer de tous côtés des dangers. Marcher sur la tête, agir contre toute raison. Marcher droit, se conformer à la discipline imposée. Ils marchent d'un même pas, ils agissent de concert, en accord. Spécialt. Marcher sur, mettre, poser le pied sur. Marcher sur le pavé, sur l'herbe. Marcher sur des étincelles pour les éteindre. Marcher sur le pied de quelqu'un. Expr. Marcher sur les talons de quelqu'un, le suivre de très près ou, péj., le suivre partout, l'importuner. Fig. Marcher sur des épines, voir . Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, imiter ses actions, suivre son exemple. Fam. Marcher sur les brisées de quelqu'un, essayer de le supplanter sur son propre terrain . Marcher sur les pieds de quelqu'un, empiéter sur ses attributions, ses pouvoirs. Marcher sur des œufs, agir avec de grandes précautions, avec circonspection. Marcher à, vers, s'avancer vers. Marcher au supplice, à la mort. Fig. Tendre vers, progresser vers. Marcher au succès, à la gloire. Marcher à sa perte, à sa ruine.
2. Avancer, se diriger d'un lieu à un autre, de quelque manière, par quelque moyen que ce soit. Nous avons marché de compagnie. Nous avons marché à la fraîche, pour ne pas fatiguer les chevaux. Se dit particulièrement du mouvement des troupes, des armées. L'armée marchait sur trois colonnes, marchait en ordre de bataille. Faire l'infanterie. Marcher à l'ennemi, au combat, se porter en avant pour attaquer. Marcher sur l'ennemi, l'attaquer. Marcher sur une ville, se diriger vers elle pour l'attaquer. Absolt. Ses troupes refusèrent de . Fam. Marche ou crève, expression empruntée au langage militaire et qui s'applique, dans le langage courant, aux situations où l'on ne peut reculer. Spécialt. Marchez au pas, au trot, au galop, commandement militaire pour la cavalerie.
3. S'avancer en un certain ordre, selon un certain rang, dans un cortège, une procession. Marcher en tête d'un défilé. Ce corps marche avant tous les autres dans les cérémonies.
4. Fig. et fam. Donner son agrément à une proposition, s'associer à un projet. Votre offre me convient, je marche. Par ext. Croire ingénument ce que l'on vous dit. Quoi qu'on lui raconte, il marche. Expr. Faire quelqu'un, savoir l'amener à ses fins, le faire obéir, ou l'abuser, le mystifier par manière de plaisanterie, de jeu. Elle le faisait à la baguette. Il se moque de vous, il vous fait .

II. En parlant d'un objet. Être en mouvement, en fonctionnement, en service. Sur cette ligne, les trains ne marchent plus après vingt heures. Faire un appareil, en assurer le fonctionnement. Cette horloge marche bien, marche mal, ne marche plus. Fig. et fam. Bien , mal , se dit de ce qui suit un cours favorable, défavorable. Leurs affaires marchent bien ou, simplement, marchent. Son dernier roman a bien marché, a plu à un large public. Le tourisme fait le commerce, assure sa prospérité. Ce produit ne marche pas, se vend mal. Cela ne marche plus entre les deux associés, ils ne s'entendent plus. Expr. Marcher comme sur des roulettes, se dit d'une affaire qui se déroule sans lenteur et sans obstacle.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

S'avancer d'un lieu à un autre par le mouvement des jambes. "Marcher en avant, en arrière, à reculons, Marcher posément, doucement, rapidement, fièrement. Marcher à grands pas, à petits pas, à pas comptés, à tâtons, sur la pointe du pied. Marcher au hasard. Cet enfant ne marche pas encore. Il commence à tout seul. Marcher avec une canne, avec des béquilles."
Fam., "Marcher comme un Basque, comme un chat maigre," Marcher fort vite.
Fam., "Marcher à quatre pattes," Marcher sur les mains et sur les pieds.
Fig. et fam., "Marcher à pas de loup," Marcher avec précaution et sans faire de bruit; "Marcher à pas de tortue," Marcher avec une excessive lenteur; et "Marcher à pas de géant," Marcher en faisant de grandes enjambées. "Marcher à pas de géant se" dit, surtout figurément, dans le sens de Faire un progrès rapide. "Cet homme marche à pas de géant à la gloire, à la fortune, etc."
"Marcher sur quelque chose," Mettre le pied dessus en marchant, ou simplement Poser le pied dessus. "Marcher sur le pavé, sur l'herbe, sur des tapis. Marcher sur le pied de quelqu'un. Marchez sur ces étincelles qui risquent de mettre le feu. Prenez garde où vous marchez."
Fig. et fam., "Il ne faut pas lui sur le pied, il ne se laisse pas sur le pied," se dit d'un Homme susceptible qu'il est dangereux de choquer.
Fig., "Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un," Imiter ses actions, suivre ses exemples.
Fig. et fam., "Marcher sur les talons de quelqu'un," Le suivre de très près. "Je vous annonce qu'il arrive; il marche sur mes talons."
Fam., "Il marche, il est toujours sur mes talons," Il me suit partout, il m'importune en ne me quittant pas.
"Marcher sur les talons de quelqu'un" s'emploie aussi dans un sens plus figuré et signifie alors Suivre quelqu'un de près pour l'âge, ou la fortune, ou les succès.
Fig., "Marcher sur des épines," Être dans une conjoncture difficile.
Fig., "Marcher sur des charbons ardents," Traiter un sujet délicat ou dangereux, où l'on a sans cesse à craindre de se créer des inimitiés et des ennuis.
Fig. et fam., "On marche sur les mauvais plaisants, sur les sots," Ils sont en très grand nombre.
Prov. et fig., "Il a marché sur quelque mauvaise herbe," Il lui est arrivé quelque chose qui le met de mauvaise humeur. On dit aussi d'un Homme qui est de mauvaise humeur, sans qu'on sache pourquoi : "Sur quelle herbe a-t-il marché aujourd'hui?"
Fig., "Marcher entre des précipices," Rencontrer de tous côtés des dangers.
MARCHER signifie aussi S'avancer de quelque manière que ce soit, à pied, à cheval, ou autrement. "Nous étions les uns à cheval, les autres en voiture, nous avons marché toute la nuit, nous avons marché de compagnie. Nous avons marché à la fraîche, pour ne pas fatiguer nos chevaux."
Il se dit particulièrement des Mouvements des troupes, des armées. "L'armée commença à marcher. Faire l'infanterie, la cavalerie. Marcher à l'ennemi. Marcher de front. L'armée marchait en ordre de bataille, marchait sur trois colonnes."
L'impératif singulier "Marche" sert de commandement militaire, même quand on s'adresse à une troupe. "En avant, marche!"
"Ce régiment, ce corps marche," Il fait la campagne.
MARCHER signifie encore Tenir un certain rang dans les cérémonies. "Le corps diplomatique marchait en tête du cortège. Les ducs et pairs marchaient" anciennement dans "l'ordre de leur réception."
En termes de Marine, "Marcher dans les eaux d'un vaisseau," Faire la même route que lui.
Fig., "Marcher dans les eaux de quelqu'un," Le seconder.
MARCHER s'emploie figurément en parlant des Personnes, et il exprime en général une idée de Progrès. "Il marche hardiment à son but, vers son but. Marcher aux dignités, aux honneurs, à la fortune, à la gloire, à l'immortalité. Nous marchons tous d'un pas égal vers la mort."
Fig., "Marcher droit," Être irréprochable dans sa conduite, franc dans ses procédés. "Il ne marche pas droit dans cette affaire," Il n'agit pas de bonne foi dans cette affaire. "Je le ferai droit," Je l'empêcherai de s'écarter de son devoir, je l'obligerai à se bien conduire.
"Marcher d'un même pas dans une affaire," Agir de concert, avec les mêmes sentiments.
Il se dit souvent des Choses inanimées qui se meuvent ou que l'on met en mouvement. "Ce vaisseau marche bien. Cette voiture publique marche deux fois la semaine, marche la nuit et le jour. Les trains ne marchent pas encore sur cette partie de la ligne. Les autobus marchent dès sept heures. Les bateaux ne marchent plus sur cette rivière, à cause de la crue. Cette horloge, cette montre marche bien, marche mal, ne marche plus. Les rivières sont des chemins qui marchent."
MARCHER se dit aussi figurément des Choses. "Le temps marche avec rapidité. Cet État marche à sa ruine. Ces deux affaires marchent de front. Cette affaire marche toute seule, ne marche pas."
"L'action de ce drame ne marche pas, marche lentement," Elle n'avance pas, ou n'avance pas assez vite vers le dénouement.
"Bien ," Avoir du succès. "Cela a bien, a très bien marché."



1ère définition d'Emile Littré




 1   V. a. Pétrir avec les pieds l'argile qu'on a humectée (le sens le plus ancien du verbe est presser du pied ; il n'est resté que dans le langage de certains métiers).
    Donner une égale épaisseur à une feuille d'ouate, en passant dessus une espèce de coussin.
    Terme de chapelier. Marcher l'étoffe d'un chapeau, la fouler avec les mains, la comprimer soit à froid, soit à chaud.

 2   V. n. Mettre le pied sur. Marcher sur le pavé, sur l'herbe. Il lui marche sur le pied. Prenez garde où vous marchez.
VOLT.: « C'est sur mon corps sanglant qu'il lui faudra »
    Fig. Il a marché sur quelque mauvaise herbe. Sur quelle herbe a-t-il marché ? voy. HERBE, n° 1.
    Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, le suivre de très près.
RAC.: « Allons, seigneur, marchons sur les pas d'Hermione »
RAC.: « Que faites-vous, madame, et d'où vient que ces lieux N'offrent point avec vous votre fille à mes yeux ?... Ne peut-elle à l'autel que sur vos pas ? »
    Fig.
RAC.: « Ainsi, de toutes parts, les plaisirs et la joie M'abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas [de Bajazet et de Roxane] »
    Fig. Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un, l'imiter, suivre ses exemples.
BOILEAU: « Marchez donc sur ses pas [de Malherbe], aimez sa pureté »
DELILLE: « Apprend-il à sur les pas de son père ? »
    Marcher sur les talons de quelqu'un, le suivre de trop près.
    Familièrement.
     Dict. de l'Acad.: Il marche, il est toujours sur mes talons, il m'importune en ne me quittant pas
    Fig. et familièrement. Marcher sur les talons de quelqu'un, suivre quelqu'un de près pour l'âge, pour la fortune, pour les succès.
    Fig. Marcher sur des épines, être dans une conjoncture difficile.
    Fig. Marcher sur des charbons ardents, passer vite sur un sujet délicat et dangereux.
SÉV.: « C'était sur des charbons ardents, sur des rasoirs, que de traiter cette matière si adroitement et avec tant d'esprit »
    Il ne faut pas lui sur le pied, se dit d'un homme susceptible qu'il est dangereux de choquer.
DANCOURT: « Quand j'étais jeune, il ne fallait pas me sur le pied, non plus qu'à présent »
    Fig. et familièrement. Marcher sur, rencontrer à chaque pas.
LA BRUY.: « On marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes »
VOLT.: « On ne marchait dans mon jeune temps que sur des métamorphoses »
    Fig. Marcher sur quelque chose, suivre une certaine indication.
SÉV.: « Tous vos amis avaient la complaisance de me dire que j'avais raison de vous souhaiter avec ardeur : voilà sur quoi je marchais »
    Fig. Marcher sur quelque chose, en parler, s'en occuper.
MOL.: « Mon Dieu ! madame, marchons là-dessus, s'il vous plaît, avec beaucoup de retenue »
    Fig. et familièrement. Marcher sur les gens, n'en tenir aucun compte par fierté ou par dureté.

 3   Se mouvoir à l'aide des pieds ou des pattes. Marcher à grands pas, à petits pas. Cet homme marche bien.
CORN.: « Tous deux près de Galba marchaient d'un pas égal »
LA FONT.: « Il [un mulet] marchait d'un pas relevé, Et faisait sonner sa sonnette »
LA FONT.: « L'archer Voit le long d'un sillon une perdrix »
MOL.: « Vous marchez d'un tel pas qu'on a peine à vous suivre »
BOSSUET: « J'ai vu les filles de Sion la tête levée, marchant d'un pas affecté, avec des contenances étudiées »
BOILEAU: « Illustre porte-croix, par qui notre bannière N'a jamais, en marchant, fait un pas en arrière »
BOILEAU: « L'estropié marcha, l'aveugle ouvrit les yeux »
BOILEAU: « De tous les animaux qui s'élèvent dans l'air, Qui marchent sur la terre, ou nagent dans la mer »
REGNARD: « Levez la tête ; encor ; soyez droite ; approchez ; Faut-il tendre toujours le dos quand vous marchez ? »
CONDIL.: « Tel était vraisemblablement le sort d'un enfant d'environ dix ans, qui vivait parmi les ours, et qu'on trouva en 1694, dans les forêts qui confinent la Lithuanie et la Russie ; il ne donnait aucune marque de raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains, n'avait aucun langage et formait des sons qui ne ressemblaient en rien à ceux d'un homme »
    Marcher tout seul, se dit d'un enfant qui commence à faire des pas sans aucune aide ou appui.
    Fig. Marcher tout seul, n'avoir pas besoin d'aide.
SÉV.: « Je ne trouve pas bon que vous me remerciiez de l'amitié que j'ai pour lui [mon médecin] ; il marche tout seul, et n'a nul besoin de votre assistance »
    Familièrement. Marcher comme un Basque, comme un chat maigre, fort vite.
    Marcher à quatre pattes, sur les mains et sur les pieds, à la manière des quadrupèdes.
VOLT.: « On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage [le Discours sur l'inégalité des conditions] »
    Marcher à pas de loup, s'avancer avec précaution et sans faire de bruit.
    Marcher à pas de tortue, avec une excessive lenteur.
    Marcher à pas de géant, en faisant de grandes enjambées ; et fig. faire des progrès rapides.
    Fig. et dans un sens très populaire. Faire , mystifier (le sens intermédiaire est : faire faire une course inutile).
    Fig. Marcher entre des précipices, rencontrer de tous côtés des dangers.
    On dit de même : entre des écueils.
BOSSUET: « L'intérêt et l'injustice, toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde, font qu'on marche parmi des écueils »
    Fig. Marcher sur le bord du précipice, être exposé aux tentations périlleuses, aux chutes, etc.
BOILEAU: « Crois-tu que, toujours ferme au bord du précipice, Elle pourra sans que le pied lui glisse ? »
    Activement, en style poétique, des pas, faire des pas.
ROTR.: « Je foule autant de coeurs que je marche de pas »
LAMART.: « Oh ! qu'ils boivent dans cette goutte [d'eau] L'oubli des pas qu'il faut ! »
    On a dit, poétiquement aussi, , en parlant des pas.
V. HUGO: « Est-ce que vous pouvez, sans tristesse et sans plainte, Voir nos ombres flotter, où marchèrent nos pas ? »

 4   Terme de danse. Marcher, faire, dans le cours d'une danse, quelques pas qui ne sont que des pas de marche.
    Terme d'escrime. Porter en avant le pied droit, puis le pied gauche, en gardant entre deux la même distance.
    Marcher à grands pas, laisser un espace de huit pouces environ entre les pieds.
    Trop , approcher de trop près de son adversaire.

 5   Terme de manége. Marcher en avant se dit de l'action du cavalier pour déterminer un cheval à continuer sa même allure, quand il paraît vouloir la ralentir.
    Marcher large, faire suivre le mur du manége au cheval.
    Marcher de côté, se dit du cheval qui fuit le talon ou les jambes.
    Marcher l'amble, prendre l'allure ainsi nommée.
BUFF.: « Plus.... mieux le cheval marche l'amble »

 6   Terme de vénerie. On dit qu'un cerf marche bien quand le pied de derrière est bien placé sur le talon du pied de devant et que les allures sont bien croisées.

 7   Terme de marine. Faire du chemin. Ce vaisseau marche bien, marche mal.
    Marcher dans les eaux d'un autre vaisseau, faire même route que lui, passer incontinent après lui là où il a passé.
    Fig. Marcher dans les eaux de quelqu'un, l'appuyer, le seconder.
    Marche avec ! commandement pour que les marins saisissent un cordage et produisent leur effort en marchant ensemble au pas.

 8   Marcher devant, précéder. Il marchait devant, les autres suivaient.
    Il se dit aussi de choses qui vont devant.
CORN.: « Ce n'est pas sans raison que je fais ces vers à la tête de l'Oedipe, puisqu'ils sont cause que je vous donne l'Oedipe »
BOSSUET: « Dieu fait l'épouvante devant eux »
RAC.: « Nos plus riches trésors ont devant nous [dans notre fuite vers un asile] »
RAC.: « Quel est ce glaive enfin qui marche devant eux [Éliacin et un autre] ? »
    Dans le langage biblique, il se dit de Dieu, à qui l'on prête des mouvements humains.
BOSSUET: « Je ai devant toi dans les combats ; à ton approche je mettrai les rois en fuite »
RAC.: « C'est lui [Dieu] qui, m'excitant à vous oser chercher, Devant moi, chère Esther, a bien voulu 'avancer de quelque manière que ce soit, à pied, à cheval, en voiture ou autrement. Cet homme marche toujours bien accompagné. Nous avons marché à la fraîcheur pour ne pas fatiguer nos chevaux. »
BOILEAU: « Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle »
BOILEAU: « Debout, dit l'avarice, il est temps de »
RAC.: « Voilà nos alliés, marchons de ce côté »
VOLT.: « Quand on dit que Vénus, la déesse de la beauté, ne doit point sans les Grâces, on dit une vérité charmante »
DUCLOS: « Mme des Ursins avait marché toute la nuit ; un profond silence régnait dans le carrosse ; elle ne pouvait se persuader ce qui lui arrivait »

 10   Marcher à, s'avancer vers. Il marcha à la mort avec un grand courage.
VOLT.: « Et qu'élevé si haut, mais sur un précipice, S'il ne montait au trône, il [le duc de Guise] marchait au supplice »
DESTOUCHES: « Je refuserais pour mon gendre le plus riche parti de France, qui ne pourrait pas prouver que ses ancêtres ont marché aux premières croisades »

 11   Se mouvoir, en parlant des troupes. L'armée marchait en ordre de bataille.
SÉV.: « Pour assembler et faire ces nobles régiments »
BOSSUET: « Vitellius, quand il passa dans cette province [la Judée] pour porter la guerre en Arabie, fit ses troupes sans enseignes »
RAC.: « Intrépides soldats, Marchons en invoquant l'arbitre des combats »
SÉGUR: « L'empereur lui-même, avant que le jour du 19 octobre l'éclaire, sort de Moscou, il s'écrie : marchons sur Kalougha, et malheur à ceux qui se trouveront sur mon passage ! »
    En avant, marche, commandement à une troupe de se mettre en mouvement.
    Marcher au pas, en suivant la cadence du pas militaire.
BÉRANG.: « Conscrits, au pas, Marchez au pas »
    Ce régiment, ce corps marche, il fait la campagne.
    Faire , signifie quelquefois imposer un service militaire. On fit la garde nationale.
BARTHÉL.: « Ce n'est que dans les besoins pressants qu'on fait les esclaves, les étrangers établis dans l'Attique, et les citoyens les plus pauvres »

 12   Il se dit de la manoeuvre que fait un corps de troupes, un général.
RETZ: « M. de Turenne nous écrit qu'il est sur le point de se déclarer pour le parti ; qu'il n'y a plus que deux colonels dans son armée qui lui fassent peine ; qu'il s'en assurera d'une manière ou d'autre avant qu'il soit huit jours, et qu'à l'instant il a à nous »
BOSSUET: « Elle marche comme un général à la tête d'une armée royale »
RAC.: « Marchons, et dans son sein renvoyons cette guerre Que sa fureur [de Rome] envoie aux deux bouts de la terre »
RAC.: « Babylone, seigneur, à son prince fidèle, Voyait, sans s'étonner, notre armée autour d'elle ; Les Persans rassemblés marchaient à son secours »
HAMILT.: « Il prit la résolution de aux ennemis »
VOLT.: « Solamir veut tenter le destin des batailles ; Nous ons à lui »
VOLT.: « Le général Fairfax ne voulut point contre l'Écosse »

 13   Marcher sous, se dit d'une troupe qui obéit à un chef.
BOILEAU: « Sous ce chef redouté Marche des cuirassiers l'escadron indompté »
VOLT.: « Ses soldats a battus, Ne marchant plus sous lui, semblaient déjà vaincus »
    Marcher sous les lois de, être soumis à.
CORN.: « Sous les lois du plus jeune on vit l'aîné »
RAC.: « Dans un camp où tout vous est soumis.... Où je vois sous vos lois la Grèce entière »
RAC.: « Quoiqu'à regret, seigneur, ils [les janissaires] marchent sous ses lois [d'Amurat] »

 14   Tenir un certain rang dans les cérémonies. Les ducs et pairs marchaient anciennement dans l'ordre de leur réception.
LABRUY.: « Il dira toujours qu'il marche après la maison régnante et, à force de le dire, il sera cru »

 15   Dans le style élevé ou poétique, il n'est quelquefois qu'une forme emphatique du verbe être.
BOILEAU: « Mais en vain pour un temps une taxe l'exile [un partisan] ; On le verra bientôt, pompeux, en cette ville, Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui »
RAC.: « Déserteur de leur loi [des Hébreux], j'approuvai l'entreprise, Et par là de Baal méritai la prêtrise ; Par là je me rendis terrible à mon rival, Je ceignis la tiare et marchai son égal »

 16   Faire un service, en parlant de voiture, de chemin de fer. Cette voiture publique marche deux fois la semaine, La neige qui est tombée empêche le chemin de fer de .

 17   Il se dit des choses qui se meuvent. Saturne est une des planètes qui marchent le plus lentement.
MALH.: « Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux, De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux »
PASCAL: « Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l'on veut aller »

 18   Marcher, se dit d'un mécanisme qui fonctionne. Le moulin ne marche pas. Une montre qui marche.
CORN.: « Avec mon pistolet le cordon s'embarrasse, Fait le déclin : le feu prend, le coup part »
    On l'a dit, par extension, du mouvement du pouls.
BOILEAU: « Le feu sort de vos yeux pétillants et troublés, Votre pouls inégal marche à pas redoublés »
    Fig. Il faut prêter la main à un système, avant qu'il soit en état de de lui-même, Lett. sur le nouv. syst. de finances, dans DESFONTAINES.

 19   Il se dit du temps qui passe.
LA FONT.: « Le temps, qui toujours marche, avait pendant deux nuits Échancré, selon l'ordinaire, De l'astre au front d'argent la face circulaire »
DUCIS: « Que le temps qui s'enfuit marche à pas lents pour nous ! »

 20   Fig. Aller selon un certain progrès, en bien ou en mal, en parlant des personnes. Nous marchons tous à la mort. Marcher hardiment à son but.
VOLT.: « Il marche au sacrilége avec impunité »
VOLT.: « Richelieu, Mazarin, ministres immortels, ....Marcheront à grands pas au pouvoir despotique »
PICARD: « En vérité, on marche de surprise en surprise »
    S'avancer dans une certaine voie.
BOURDAL.: « Afin que nous marchions en assurance dans le chemin du salut »
BOILEAU: « La vieillesse chagrine incessamment amasse.... Marche en tous ses desseins d'un pas lent et glacé »
RAC.: « Les peuples à l'envi marchent à ta lumière »

 21   Agir.
DIDER.: « D'abord sourdement et ne point troubler leur sincérité »
    Marcher droit, être irréprochable dans sa conduite, ne pas commettre de faute.
MOL.: « Vous devez droit pour n'être pas berné »
TH. CORN.: « Avecque don Bertrand il faut bien droit »
MAINTENON: « Marchez bien droit et bien sûrement, monseigneur, dans l'affaire de Mme de Mondouville »
    Je le ferai droit, je l'empêcherai de s'écarter de son devoir.
    Marcher d'un même pas dans une affaire, agir de concert.
    Marcher à tâtons, en aveugle dans une affaire, agir sans avoir les lumières nécessaires pour s'y bien conduire.
SÉV.: « C'est ainsi que nous vivons et que nous marchons en aveugles, ne sachant où nous allons, prenant pour mauvais ce qui est bon, prenant pour bon ce qui est mauvais, et toujours dans une entière ignorance »
    Dans le langage biblique et élevé, dans, suivre pour guide.
SACI: « Ils n'ont point gardé l'alliance faite avec Dieu, et n'ont point voulu dans sa loi »
BOSSUET: « Je ne marche point dans de vastes pensées »
BOSSUET: « Il [Dieu] fait un nouveau pacte avec David, et s'oblige de le protéger lui et les rois ses descendants, s'ils marchent dans les préceptes qu'il leur a donnés par Moïse »
CONDILLAC: « Les fidèles alors y jouissaient de la paix, marchant dans la crainte du Seigneur et s'édifiant mutuellement »
DUCIS: « Mais moi, fils du désert.... Sans crainte, sans remords, avec simplicité Je marche dans ma force et dans ma liberté »

 22   Il se dit des choses qui font un certain progrès en bien ou en mal. Les choses marchent vers une solution. Cet État marche à sa ruine. Ces deux affaires marchent de front.
BOSSUET: « À l'instant le parti est pris [dans une affaire militaire] : il commande et il agit tout ensemble, et tout marche en concours et en sûreté »
BOIL.: « La raison pour n'a souvent qu'une voie »
VOLT.: « Le monde avec lenteur marche vers la sagesse »
VOLT.: « Les devoirs et les affaires sérieuses marchent avant tout »
DELILLE.: « Tel est l'arrêt du sort, tout marche à son déclin »
PICARD et MAZÈRES: « Il paraît que l'affaire marche à merveille »
    Cette affaire ne marche pas, elle ne fait aucun progrès vers une terminaison.
    Absolument. Être en progrès. La civilisation marche. Le monde marche.

 23   Fig. Il se dit des choses auxquelles on prête un mouvement comme si elles étaient animées. La gloire que V. A.
ARN. D'ANDILLY: « s'est acquise en cette dernière campagne a au premier rang des événements les plus illustres de notre siècle »
MONTESQ.: « Que la crainte et la terreur marchent avec vous »
    Marcher ensemble, se dit de choses qui sont compatibles entre elles.
VOIT.: « Il est difficile d'être équitable et conquérant en même temps, et je vois bien que la vaillance et la justice sont deux vertus qui ne marchent guère ensemble »
    Ne pas sans, en parlant des choses, être accompagné de.
MAIRAN: « Les grands talents ne marchent point sans une forte inclination pour tout ce qui se rapporte à leur objet »

 24   Fig. Il se dit du progrès dans le développement d'une pièce de théâtre, d'un roman, d'un écrit. Ce discours, ce poëme marche bien. L'action de ce drame ne marche pas.
BOILEAU: « Ainsi la tragédie agit, marche et s'explique »
BOILEAU: « Un poëme excellent où tout marche et se suit »
BOILEAU: « Que l'action, marchant où la raison la guide, Ne se perde jamais dans une scène vide »
    Marcher, se dit du style dans un sens analogue.
SÉV.: « Vous écrivez comme un ange ; je lis vos lettres avec admiration ; cela marche, vous arrivez »
BOSSUET: « Le style [des cantiques]... qui marche par de vives et impétueuses saillies, affranchi des liaisons ordinaires... »
BOILEAU: « Son style impétueux souvent marche au hasard »
DU RESNEL: « Le vers, comme un torrent, en grondant doit »
    Ces vers marchent bien, le mouvement en est facile.

 25   Terme de musique. Se dit de la succession des sons et des accords qui se suivent dans un certain ordre.
J. J. ROUSS.: « J'ai gardé toujours une affection tendre pour un certain air du Conditor alme siderum qui marche par ïambes »

 26   Fig. et familièrement. Y , se dit de choses qu'on emploie. Nous avons beaucoup de monde à dîner, il faut que toute la vaisselle y marche, que tous les poulets de la basse-cour y marchent.
SÉV.: « Vous êtes toujours trop regrettée et tendrement souhaitée dans cette petite chambre ; le café y marche tous les matins »
    Quand l'argent marche, tout va bien. Quand on veut bien employer l'argent dans une affaire, elle réussit.

REMARQUE
    Corneille a dit : Va sur leurs pas où l'honneur te convie, Cinna, I, 3. Voltaire a relevé cette locution : ' On ne dit pas plus allons qu'allons aller ' . Mais M. Gérusez objecte qu'on dit bien va courir, et que rien n'empêche de dire va . Béranger n'a-t-il pas dit : Voir c'est avoir ; allons courir, Vie errante Est chose enivrante, Bohém.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
CHRESTIEN DE TROIES: « Que li chevax marcha le fust Qui tenoit la porte de fer »
    XIIIème siècle
     Partonop. V. 10833: Comme l'on plus marcoit la flor, Tant en issoit plus bone odor
     Flore et Blanchefl. p. 176, édit. DU MÉRIL: La pucele velz [tu veux] aler querre, Qui fut proiée en autre terre ; Ceste terre est molt convoitiée, Et sovent de gerre [guerre] marchiée
     Ren. 4692: Par la cheveçaille l'a pris, Come cil qui est d'ire espris ; Contre terre l'a trebuchié, Sor le ventre li a marchié, Durement li fole la pance
RUTEB.: « Pour la maladie des vers garir (à vos iex [yeux] la veeiz, à vos piez la marchiez), la meilleur herbe qui soit elz quatre parties dou monde, ce est l'ermoize »
    XIVème siècle
DU CANGE: « Tantost que Jehan de Lorme oy la frainte et les marchies desdiz jeunes gens au dit jardin »
    XVème siècle
FROISS.: « Lieve toi, alons nous esbatre, Marcir la rousée et abatre, Dont l'oudour est trop plus propisce, Et mieuls vault que de mille espices »
A. CHART.: « Si allay tout seul et ainsi Que l'ay de coustume, et aussi Merchai l'herbe poignant menue »
     Les 15 joies de mariage, p. 19: L'un lui presente beaux moz plaisans et gracieux, l'autre lui marche dessus le pié ou lui estraint la main
    XVIème siècle
J. MAROT: « Cinq ou six mil Suisses lors passerent Devant le roi, marchans fiers soubz la picque »
J. MAROT: « Voyre, et Dieu scet quant passoient par devant, S'ilz se marchoient fiers comme ung poursuyvant »
MAROT: « Lequel [Cupidon] pour son devis Au poing tenoit un arc riche tendu, Le pied marché et le bras estendu, Prest de lascher une fleche aiguisée »
AMYOT: « Ilz ent incontinent en bataille le grand pas contre les barbares »
AMYOT: « Et quand et quand feit le reste de ses gens le chemin de Platées »
YVER: « La tigre à qui on a derobé les petits fants, ne la vipere estant marchée sur la queue, ne sont plus terribles qu'une femme offensée »
CARLOIX: « Il marcha son armée en Lombardie, où il fit de braves gestes »
     Coust. génér. t. II, p. 474: Depuis la feste Saint Martin jusques à la Notre Dame de mars [les pâturages] sont communs en la ditte chastellenie ; et peuvent et pasturer l'un dans l'autre

ÉTYMOLOGIE
    Espagn. marchar ; ital. marciare ; allem. marschiren. Ces trois mots sont formés du français ; mais d'où vient le français lui-même ? Diez pense que est proprement aller de marche en marche, et par conséquent il le fait venir de marche, frontière. D'autres l'ont tiré de mercari, commercer, à cause que le commerçant va de lieux en lieux ; d'autres enfin, de l'ancien allemand march, cheval. Toutes ces étymologies ont été mises à néant par Scheler, qui, à l'aide d'exemples du XIIe siècle et du XIIIe, a montré que le sens le plus ancien de est presser avec le pied, mettre le pied sur. À ce sens on ne peut arriver ni de marche, frontière, ni de mercari, ni de march. À la vérité, on a dit et marchir, comme le prouvent l'exemple du XIVe siècle [les marchies, les foulées, les pas], et celui de Froissart ; et marchir, venant de marche, frontière, a signifié être avoisinant ; mais ce n'est qu'une similitude fortuite. Allant plus loin, Scheler pense que , presser du pied, et marc, résidu d'une chose pressée, ont le même radical, et que ce radical est dans le latin marc-us, marc-ulus, marc-ellus, marteau (voy. à MARC 2 une autre conjecture). L'hypothèse qui rattache et marc est certainement ingénieuse, probable même ; mais ce sera toujours une hypothèse, tant qu'on ne trouvera pas soit dans quelque sens positif qui se rapproche de marc, ou dans marc quelque sens qui se rapproche de . En Normandie, on dit : une terre, un bois, les parcourir en tous sens, afin d'en examiner l'état.


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   La manière dont on marche.
LA FONT.: « Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause Du et du mouvement, Quand les esprits, le sentiment, Quand tout faillit en toi ? »
LA FONT.: « Un rat des plus petits voyait un éléphant Des plus gros, et raillait le un peu lent De la bête de haut parage »
MOL.: « Ah ! monsieur, c'est un spectre, je le reconnais au »
PASC.: « Tous les s, toussers, éternuers, sont différents »
GRESSET: « Les vieilles même, au symétrique, Des ans tardifs ont oublié le poids »

 2   L'endroit où l'on marche, relativement au plus ou moins de facilité qu'on a d'y .
J. J. ROUSS.: « Comment le parfum des fleurs, le charme de la verdure, l'humide vapeur de la rosée, le mol et doux sur la pelouse, enchanteront-ils les sens ! »
J. J. ROUSS.: « Nous avions sous nos pieds un doux, commode et sec »

 3   Terme de chasse. Faux , se dit de la biche qui biaise en marchant, et du cerf après qu'il a mis bas son bois.

HISTORIQUE
    XVIème siècle
AMYOT: « Martius seul, ny en sa contenance, ny en son , ny en son visage, ne se montra onques estonné ny ravalé de courage »

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE MARCHER.

 2   Ajoutez :
    Ne pas se laisser sur le pied, n'être pas endurant.

 27   S. m. Le , l'action de .
MALH.: « Le seoir est aussi naturel que l'être debout ou le »

REMARQUE Ajoutez :
    2. Bien que le sens primitif de , comme on peut le voir à l'historique et à l'étymologie, soit fouler, presser, cependant on le trouve avec son sens actuel dans le courant du XIIIe siècle :
GAUTIER DE COINSY: « En grant martire estoit ses cors, Et jambe et pié avoit porri ; Qui lui donast tout Montorri Ne tout l'avoir d'une grant terre, Ne marchast il deux pas à terre »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Aller, s'avancer d'un lieu à un autre par le mouvement des pieds. Il se dit Des hommes et des animaux. "Marcher en avant, en arrière, à reculons. Marcher posément, doucement, rapidement, fièrement. Marcher à grands pas, à petits pas, à pas comptés, à tâtons, sur la pointe du pied Marcher au hasard. Ce cheval marche mieux qu'il ne trotte. Cet homme marche beaucoup, marche bien. Cet enfant est si petit, qu'il ne marche pas encore. Il commence à tout seul. Ce malade commence à sans bâton."
Fam., "Marcher comme un Basque, comme un chat maigre," Marcher fort vite.
Fam., "Marcher à quatre pattes," Marcher sur les mains et sur les pieds, à peu près à la manière des quadrupèdes.
Fig. et fam., "Marcher à pas de loup," Marcher avec précaution et sans faire de bruit; "Marcher à pas de tortue," Marcher avec une excessive lenteur; et, "Marcher à pas de géant," Marcher en faisant de grandes enjambées. "Marcher à pas de géant," se dit encore figurément, pour exprimer un progrès rapide. "Cet homme marche à pas de géant à la gloire, à la fortune, etc."
"Marcher sur quelque chose," Mettre le pied dessus en marchant, ou simplement, Poser le pied dessus. "Marcher sur le pavé, sur l'herbe, sur des tapis. Vous me marchez sur le pied. Marchez sur cette araignée. Prenez garde où vous marchez."
Fig., "Marcher sur les pas, sur les traces de quelqu'un," Imiter ses actions, suivre ses exemples.
Fig. et fam., "Marcher sur les talons de quelqu'un," Le suivre de très-près. "Je vous annonce qu'il arrive; il marche sur mes talons".
Fam., "Il marche, il est toujours sur mes talons," Il me suit partout, il m'importune en ne me quittant pas.
"Marcher sur les talons de quelqu'un," s'emploie quelquefois dans un sens plus figuré, et signifie alors, Suivre quelqu'un de près pour l'âge, ou la fortune, ou les succès.
Fig., "Marcher sur des épines," Être dans une conjoncture difficile. "Marcher sur des charbons ardents," Passer vite sur un sujet délicat ou dangereux.
Fig. et fam., "Il ne faut pas lui sur le pied," se dit D'un homme susceptible qu'il est dangereux de choquer.
Fig. et fam., "On marche sur les mauvais plaisants, sur les sots," Ils sont en très-grand nombre.
Prov. et fig., "Il a marché sur quelque mauvaise herbe," Il lui est arrivé quelque chose qui le met de mauvaise humeur. On dit aussi D'un homme qui est de mauvaise humeur, sans qu'on sache pourquoi, "Sur quelle herbe a-t-il marché aujourd'hui?"
Fig., "Marcher entre des précipices," Rencontrer de tous côtés des dangers.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, S'avancer de quelque manière que ce soit, à pied, à cheval, ou autrement. "Nous étions les uns à cheval, les autres en voiture, nous avons marché toute la nuit, nous avons marché de compagnie. Nous avons marché à la fraîcheur, pour ne pas fatiguer nos chevaux. Ce prince marchait toujours sans suite, sans escorte. Cet homme marche toujours bien accompagné."
Il se dit particulièrement Des troupes, des armées. "L'armée commença à . Les troupes marchent de ce côté-là, marchent à l'ennemi. Marcher de front. L'armée marchait en ordre de bataille, marchait sur trois colonnes. Bataillon, en avant, marche. Faire la cavalerie, l'infanterie."
"Ce régiment, ce corps marche," Il fait la campagne. "La maison du roi marcha dans cette campagne."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Tenir un certain rang dans les cérémonies. "Ce corps marche avant tous les autres. Les ducs et pairs marchaient anciennement dans l'ordre de leur réception."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit souvent Des choses inanimées qui se meuvent ou que l'on met en mouvement. "Ce vaisseau marche bien. Cette voiture publique marche deux fois la semaine, marche la nuit et le jour. Saturne est une des planètes qui marchent le plus lentement. Cette horloge, cette montre marche bien, marche mal, ne marche plus."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie figurément, en parlant Des personnes, et il exprime en général une idée de Progrès. "Il marche hardiment à son but, vers son but. Marcher aux dignités, aux honneurs, à la fortune, à la gloire, à l'immortalité. Nous marchons tous d'un pas égal vers la mort. La cour est un terrain sur lequel les ambitieux ne marchent qu'en tremblant."
"Marcher droit," Être irréprochable dans sa conduite, franc dans ses procédés. "Il ne marche pas droit dans cette affaire," Il n'agit pas de bonne foi dans cette affaire. "Je le ferai droit," Je l'empêcherai de s'écarter de son devoir.
"Marcher d'un même pas dans une affaire," Agir de concert, avec les mêmes sentiments.
"Marcher à tâtons dans une affaire," Agir dans une affaire sans avoir les lumières nécessaires pour s'y bien conduire.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi figurément Des choses. "Le temps marche avec rapidité. L'esprit humain marche sans cesse. Cet État marche à sa ruine, vers sa ruine. Les besoins et l'industrie marchent du même pas. Ces deux affaires marchent de front. Cette affaire marche toute seule, ne marche pas. Il faut que cette affaire-ci marche la première. Il faut que les affaires marchent avant les plaisirs."
"Ce discours, ce poëme marche bien," L'ordre en est bon, l'intérêt se soutient, il n'y a pas de longueurs.
"L'action de ce drame ne marche pas, marche lentement," Elle n'avance pas, ou n'avance pas assez vite vers le dénoûment.
"Ces vers marchent bien," Le mouvement en est facile.
En termes de Chapelier, "Marcher l'étoffe d'un chapeau," La fouler, la comprimer, soit à froid, soit à chaud. "C'est à force de l'étoffe qu'elle se feutre et se contracte." Dans cette phrase, "Marcher" est actif.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


La manière dont on marche. "Je le reconnais à son ."
Il signifie aussi, L'endroit où l'on marche, relativement au plus ou au moins de facilité qu'on a d'y . "Un chemin pavé de cailloux est un bien rude. Cette mousse, cette pelouse, ce gazon est un aussi doux que les meilleurs tapis."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

m. ["Marché": 2e "é" fer.] 1°. Aler, s'avancer d'un lieu à un aûtre par le mouvement des pieds. '"Marcher" doucement, pesamment, fièrement, à pas comptés, à pas de loup, etc. 'Cet enfant ne "marche" pas encôre.
- 2°. "Marcher", signifie quelquefois s'avancer, de quelque manière que ce soit. Ainsi l'on dit que l'armée "marche", que des troupes "marchent", quoiqu'il y ait un grand nombre de cavaliers.
- 3°. Aler suivant un certain ordre. 'Les Princes du Sang "marchent" avant les Ducs
- 4°. S. m. La manière, dont on marche. 'Je l' ai reconu à "son ".
   "Rem." Ce verbe précède quelquefois le nominatif. 'À~ une certaine distance "marchoit une multitude" innombrable, tant de chrétiens que d'infidèles. "Let. Édif." = Employé au "figuré", il régit la prép. "à". '"Marcher à" la victoire. 'La nature te fit un front élevé: obéis à sa voix: "marche aux" grandeurs où le Ciel t'appelle. "Jér. Dél." = Quelquefois aussi il régit le nominatif de certains noms, comme "être", "devenir". 'Je sais que, jeune encôre, il ("M. de Condorcet") "a marché le rival", et presque "l'égal" des Fontaine, des Bernoulli, des Euler, "Ann. Lit." Voyez des vers, au mot ÉGAL. = * On dit "travailler d'aprês" un modèle; mais on doit dire au figuré, comme au propre, " aprês", et non pas "d'aprês". 'Il vaut beaucoup mieux " d'aprês" les bons modèles, que de s'obstiner à créer des monstres bisârres. "Sabat." Dites " aprês", ou, mieux encôre, "suivre", "imiter".
   MARCHER se combine avec plusieurs noms dans le st. figuré famil.
- "Marcher droit", faire bien son devoir.
- "Marcher entre des précipices", se trouver dans des conjonctûres dificiles et périlleûses.
- Une~ afaire "ne marche point", n'avance point.
- Elle "marche toute seule", quand on n'a pas besoin de soins, de sollicitations pour la faire réussir.
- Ce Poème, ce discours "marche bien", ils sont bien suivis: l'ordre en est bon: la disposition est juste.
- "Marcher sur les pas de..." imiter.
- "Marcher à grands pas aux dignités", doner à croire qu'on y parviendra bientôt. = On dit d'une fille, qu'elle "marche sur les talons de sa mère", qu'elle est déjà à un âge où sa mère doit songer à l'établir";" et qu'elle "marche sur les talons de sa soeur" ainée, qu'elle la suit de fort prês.




Emplacement dans le dictionnaire :

marchander
marchandise
marchant
marchantiées
marche
marché
marche-palier
marche-pied
marchepied

marchette
marcheur
marcheux
marchoir
marciage
marcotter
mardaïte
mardelle
mardélle
mardi
mâre




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...automne, où ta palette pose un brouillard léger, et contre le bassin qui, sombre, te reflète, s'accoude pour songer. 5e LIVRE (IV) Encor sur le pavé sonne mon pas nocturne ; ô Paris, tu me vois marcher à l'heure où l'on entend, dans l'ombre taciturne, la charrette du maraîcher. Paris, ô noir dormeur, Paris, chant sur l'enclume et sourire dans les sanglots, que ne suis-je couché, lorsque Vesper...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...Dans la morne prairie, au bord des tristes eaux, longtemps je veux songer à la vie, à la tombe. L'air glacé fixera les nuages transis, et le couchant mourra doucement dans la brume. Alors, las de marcher, sur quelque borne assis, tranquille, je romprai le pain de l'amertume. 6e LIVRE (III) Aux rayons du couchant, le long de cette ornière, je vous vois, peupliers revêtus de lumière ; dans la...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...Après, il reviendrait le leur apprendre à tous. Nul doute, en effet, que je ne fusse très au courant des choses de la lune comme de tout le reste. D'abord on m'avait souvent vu occupé à la regarder marcher à travers un instrument de cuivre en compagnie d'un timonier qui me comptait tout haut, d'une voix monotone d'horloge, les minutes et les secondes tranquilles de la nuit. Cependant les petits...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...faux ponts, comprirent : c'était le commencement des grands vents et des grandes houles ; nous venions d'entrer dans les mauvais parages du sud, au milieu desquels il allait falloir se débattre et marcher quand même. Et plus nous avancions dans cet océan sombre, plus ce grand vent devenait froid, plus cette houle était énorme. Les tombées des nuits devenaient sinistres. C'étaient les parages du cap...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...C'était un recoin bien perdu que ce pays de sa mère. Cette voiture devait nous mener en quatre heures de Guingamp à Paimpol, où nous comptions passer la nuit ; et, de là, il nous faudrait encore marcher longtemps à pied pour arriver au village. Nous nous en allions, cahotés sur une mauvaise petite route, nous enfonçant de plus en plus dans le silence des campagnes tristes. La nuit d'hiver tombait...


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